1ère traversée solaire polaire

Observateur du plancton de l’extrême

plancton« Le plancton a besoin de tous pour que la mer soit féconde. Nous les scientifiques nous avons besoin des explorateurs et des découvreurs de l’extrême. Anne Quéméré nous accompagne de longue date dans ses aventures et expéditions sur toutes les mers du globe. Equipée d’un  » kit plancton » d’observation mis au point par l’équipe d’Océanopolis, Plancton du Monde et soutenu par la Fondation Charles Léopold Mayer, Anne nous fait profiter de ses observations tout au long de ses aventures océaniques. De notre côté, à terre, nous relayons grâce au site www.plancton-du-monde.org ses observations que nous diffusons auprès des scolaires mais aussi de tous les publics curieux de ce monde encore méconnu.

Donner à voir le petit peuple de la mer c’est déjà comprendre la fragilité de ces écosystèmes de l’intime, essentiels au bon équilibre écologique des océans.

Science rime avec conscience. Lorsque l’on mesure les conséquences des équilibres planctoniques et ce qu’ils représentent dans l’étude des origines de la vie sur Terre, sur les capacités des mers et des océans à nourrir la population planétaire, ou sur les capacités océaniques à réduire la vitesse du changement climatique, on comprend mieux pourquoi nous avons besoin d’une aventurière observant le plancton dans des milieux hostiles. Anne est un partenaire utile à la science. »

Pierre Mollo, chercheur aquacole spécialiste des questions sur le plancton

Le plancton : le poumon de la planète

Le mot « plancton » désigne l’ensemble des organismes vivants qui flottent et dérivent en pleine eau. Ce mot vient du grec planktos qui signifie  » errant « . Souvent méconnu, il est pourtant à la base de la chaîne alimentaire des océans et joue un rôle fondamental pour les cycles reproductifs des mammifères marins, poissons, oiseaux et ours polaires. Il se divise en 2 grands règnes : le plancton végétal ou phytoplancton, et le plancton animal, ou zooplancton.

Pour faire plus simple : le phytoplancton produit par photosynthèse la moitié de l’oxygène que l’ensemble des êtres vivants respirent et, en absorbant une partie du CO2, il joue un rôle dans la machine climatique de notre planète. Ce phytoplancton est mangé par le zooplancton et par une multitude d’organismes marins qui sont à leur tour la proie de petits prédateurs eux-mêmes chassés par de plus grands prédateurs.

La vie planctonique dans l’océan Arctique

Pendant la nuit polaire, la poussée d’algues planctoniques s’arrête. Au dégel, rejets de saumures et d’organismes piégés dans la glace, courants et ruissellements enrichissent en éléments nutritifs les eaux, en bordure de banquise. Avec le retour du soleil, la vie marine se réveille, relançant la chaîne alimentaire. En été, les micro algues poussent même sous et dans la banquise !

La vie du plancton arctique, en été

Une mission de la Nasa a permis de découvrir une impressionnante quantité de phytoplancton là où les scientifiques s’y attendaient le moins : sous les glaces de l’Arctique. Les biologistes formulent plusieurs hypothèses pour expliquer la vie du plancton arctique. Avec l’arrivée du printemps, la fonte de la glace produit une couche dessalée et stable en surface, dans une eau riche en sels nutritifs. Ces conditions sont propices à la multiplication de micro-algues : le développement puis le recyclage des déchets de certaines espèces stockées dans la glace, sous la banquise, procure une partie des « ingrédients » nécessaires. En mer du Groenland, l’eau qui sort de l’océan Arctique contient peu de zooplancton. Dans cette région, seul le mélange avec l’eau atlantique peut introduire des brouteurs herbivores ; le phytoplancton y est donc très abondant, environ 4 fois plus que dans les eaux ouvertes. Cependant, depuis 1950, sa quantité aurait malgré tout chuté de 40 %, notamment en raison de l’impact grandissant du changement climatique,

Que se passe-t-il en hiver ?

Peu d’informations existent sur la distribution, l’évolution et l’action du plancton sur le bilan de matière (en particulier de CO2) pendant l’hiver arctique. Les conditions hivernales sont certainement décisives pour le cycle biologique de nombreuses espèces planctoniques et, en conséquence, pour la constitution d’un stock de nourriture pour les larves de plusieurs espèces de poissons. Certains copépodes en particulier connaissent des stades d’hibernation qui séjournent en profondeur et sont alors déplacés passivement par les courants ; ces animaux ne pourront donner une nouvelle génération au printemps que si les individus sont transportés vers les zones de forte production de phytoplancton printanier, où ils continueront leur développement ou bien se reproduiront, s’ils sont adultes. D’autres espèces survivent et se développent malgré la température extrêmement basse.

La vie dans la banquise

Parfois la banquise se teinte de brun et dégage une odeur particulière due à la concentration de diatomées qui y poussent, attachées à la face inférieure de la glace. Mais à l’intérieur de la banquise elle-même, la vie s’installe entre les cristaux de glace douce, dans les fins chenaux de saumures. Un réseau alimentaire complet, algues planctoniques et décomposeurs (bactéries) se développe ainsi. Certains de ces organismes passent toute leur vie dans la banquise, d’autres seulement une partie. Mais tous sont adaptés à de grands écarts de salinité et d’éclairement. Ainsi, même durant l’hiver arctique, certaines algues continuent la photosynthèse en profitant des très faibles lueurs de la nuit polaire. Ces organismes proviennent du monde marin mais aussi des fleuves environnants. À l’automne, au moment de la prise de la banquise, ils restent accrochés à la glace. La diversité des espèces et leur quantité est d’abord faible, mais au printemps, leur développement puis celui de leurs consommateurs explosent. Dans la banquise vieille de plusieurs années, qui a donc connu plusieurs cycles de ce type, on retrouve des bandes successives de communautés microscopiques datant les différentes « floraisons ».